Ma plus grosse truite fario pêchée à la mouche en France
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La truite fario est la truite la plus dure à pêcher. Surtout quand elle est sauvage, elle est dure à approcher, exigeante sur ce qu’elle gobe à la surface de la rivière. La truite arc-en-ciel, sa cousine, est plus facile, moins pointilleuse sur le choix de la mouche, moins regardante sur le bas de ligne, même si c’est une truite plus bagarreuse. La truite fario a son caractère, est très méfiante. Au Pays Basque, nous avons pris l’habitude de qualifier cette truite de panthère à cause de sa robe ornée de points noirs. Selon les rivières, la truite fario peur ne pas atteindre une taille importante, comme dans les ruisseaux d’altitude. Par contre, plus bas dans les rivières, les truites fario sont moins nombreuses, mais deviennent plus grosses. Sa pêche est alors passionnante.
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La truite fario, c’est ma compagne préférée. Ma maîtresse des coups du soir, celle qui vous fait quitter la maison à 19 heures pour aller regarder une bordure pendant deux heures en espérant trois gobages. Sauvage, méfiante, parfois franchement pénible, elle est aussi capable de transformer une soirée ordinaire en souvenir qui reste des années. Entre nous, la relation dure depuis longtemps. Elle gagne encore très souvent.
Parce qu’elle oblige à tout mettre ensemble : observation, approche, choix de la mouche, qualité du posé et dérive. Une fario sauvage peut être en train de gober devant vous sans accepter une seule de vos propositions. Elle vous montre donc clairement qu’elle mange et, dans le même temps, qu’elle n’a aucun besoin de vous. C’est agaçant. Et probablement une bonne partie de la raison pour laquelle on devient accro à la pêche de la truite fario à la mouche.
Parce qu’une bonne partie de mes plus beaux rendez-vous avec elle ont lieu quand la lumière baisse et que la rivière commence enfin à s’animer. On attend, on observe, quelques insectes arrivent, puis un gobage apparaît contre une bordure. À partir de là, tout le reste devient secondaire. La fario possède ce talent assez remarquable pour faire oublier l’heure du dîner sans jamais avoir réservé la table.
Dans ma pêche, oui. Une fario sauvage me paraît généralement plus méfiante sur l’approche, le bas de ligne, la mouche et surtout la dérive. L’arc-en-ciel peut être formidable et beaucoup plus bagarreuse, mais la fario possède un petit supplément de paranoïa qui me plaît bien. La page consacrée à la pêche de la truite à la mouche rassemble d’ailleurs les deux cousines.
C’est un surnom que j’utilise volontiers pour certaines truites de la Nive à la robe très marquée, couverte de points noirs. Certaines sont vraiment magnifiques. Cela reste évidemment une image de pêcheur, pas une variété officielle de truite basque. Mais lorsqu’une belle fario sombre sort d’une bordure et se retourne dans l’épuisette, « panthère » fonctionne quand même assez bien.
Sur le blog, je la retrouve dans des environnements très différents : petites rivières basques, Grande Nive, Nivelle, rivières écossaises, Montana ou autres destinations. C’est justement l’un des plaisirs de ce poisson : une fario reste reconnaissable, mais sa taille, sa robe et son comportement changent énormément selon la rivière. Il n’existe pas une truite fario standard livrée avec le manuel.
Dans les petits cours d’eau ou les secteurs pauvres en nourriture, les poissons peuvent rester modestes. À l’inverse, certains secteurs plus bas dans les bassins permettent à quelques farios de devenir beaucoup plus grosses. Mais une truite de 22 cm dans un petit ruisseau sauvage peut avoir bien plus d’intérêt qu’un poisson deux fois plus gros ailleurs. Heureusement, la pêche à la mouche ne se résume pas à un concours de centimètres.
Mes récits montrent qu’il existe de très beaux poissons sur la Nive et la Nivelle, y compris des farios de 40, 45 ou 50 cm et davantage dans certaines sessions. Cela ne signifie pas que ces tailles représentent la norme. Ce sont justement des poissons marquants parce qu’ils sont rares. Ma fario de 50 cm prise au coup du soir sur la Nive appartient à cette catégorie.
Dans les bordures, les veines d’eau, les retournes, les zones derrière un bloc, sous les branches ou partout où elle peut se nourrir sans lutter inutilement contre le courant. J’ai souvent trouvé de beaux poissons beaucoup plus près de la berge que prévu. Avant de vouloir lancer au milieu, regardez donc vos pieds. La truite qui s’enfuit sous vos chaussures était peut-être celle que vous étiez venu chercher.
Parce qu’une bordure bien placée peut apporter nourriture, abri et courant modéré. Sur la Nive, j’ai rencontré énormément de poissons actifs dans ces zones amorties lorsque les niveaux étaient encore soutenus. Les insectes peuvent s’y concentrer et les truites dépenser moins d’énergie. J’ai consacré un guide entier à la pêche des bordures à la mouche.
Le meilleur moment est surtout celui où les poissons commencent réellement à se nourrir en surface. Cela peut arriver en journée pendant une sortie d’olives, au printemps sous un ciel couvert ou au fameux coup du soir. Je préfère observer ce qui se passe sur l’eau plutôt que décider à l’avance qu’à 20 h 12 les truites doivent commencer à gober. Elles n’ont jamais été très ponctuelles.
Parce que plusieurs éléments peuvent se rejoindre : lumière plus basse, activité d’insectes et poissons qui quittent parfois leurs caches pour se nourrir. Certaines de mes meilleures farios ont été prises dans ces moments-là. Mais le coup du soir peut aussi être parfaitement vide. On reste alors jusqu’à la nuit en expliquant que cela va commencer « dans cinq minutes ». Le pêcheur est un animal d’une remarquable constance.
Le gobage n’est pas toujours spectaculaire. Une grosse truite peut simplement déplacer un peu d’eau, faire apparaître son museau ou laisser une petite bulle. Regardez surtout la répétition et la position du mouvement. Si le poisson revient régulièrement au même endroit, prenez le temps de comprendre son rythme avant de lancer. Les dix secondes gagnées en précipitant le premier posé coûtent parfois les vingt minutes suivantes.
Parce que quelque chose ne lui convient pas : taille, silhouette, stade de l’insecte, dérive, pointe ou simplement présentation. Et parfois je n’en sais rien. C’est aussi ce qui rend cette pêche intéressante. Lorsqu’une fario monte sous la mouche puis redescend, elle vous a au moins donné une information. Il reste seulement à comprendre laquelle, idéalement avant d’avoir changé seize fois de modèle.
Non. Je vérifierais d’abord la dérive et la présentation. Une bonne imitation qui drague restera suspecte, tandis qu’une mouche imparfaite mais parfaitement présentée peut faire le travail. Ensuite seulement, je regarde la taille, la silhouette ou le stade de l’insecte. Changer de mouche toutes les trente secondes permet surtout de passer une excellente soirée à faire des nœuds.
Tout dépend de la rivière et de ce qui s’y passe : olives, sedges, March Brown, émergentes, spents, terrestres, nymphes ou streamers selon les situations. Je préfère partir de l’observation plutôt que d’une liste universelle de dix modèles. Beaucoup de mes créations sont justement nées autour de cette pêche. Elles sont regroupées dans la rubrique montage de mouches artificielles.
Non. Une grosse truite peut parfaitement passer une soirée à sélectionner de petits insectes. La taille du poisson ne donne donc pas directement celle de la mouche à lui proposer. J’ai vu de beaux poissons devenir terriblement pointilleux sur des émergences très fines. Il faut regarder ce qu’ils mangent, pas imaginer qu’une truite de 50 cm exige automatiquement un repas taille XXL.
Oui. Certaines grosses farios deviennent clairement piscivores et le streamer permet alors de rechercher des poissons qui ne montrent aucune activité de surface. J’ai notamment rencontré ce type de comportement en Écosse. C’est une pêche très différente de la sèche, plus active et parfois très brutale. Voir une grosse fario attaquer un streamer aide à relativiser l’image délicate de la petite truite gobant une olive.
Il faut descendre suffisamment pour obtenir une bonne présentation, mais pas par principe. Le diamètre doit rester cohérent avec la taille du poisson, le courant et les obstacles. Une pointe extrêmement fine peut aider dans certaines situations mais augmente aussi les risques de casse et de combat trop long. Je préfère le diamètre le plus solide qui laisse encore la mouche pêcher correctement.
En ralentissant. Regardez avant de bouger, évitez les silhouettes trop visibles et utilisez le relief ou la végétation lorsque cela aide. Sur les bordures, quelques pas mal placés suffisent souvent à faire disparaître un poisson. J’ai quelques truites dans mes souvenirs qui m’ont appris cette règle avant même que j’aie sorti la soie. Très pédagogiques, les farios.
Elle détecte surtout ce qui change brutalement autour d’elle : mouvement, ombre, vibrations et présence inhabituelle. Pour le pêcheur, la conséquence est simple : mieux vaut se déplacer lentement et utiliser l’environnement plutôt que débouler debout au-dessus d’une bordure. Une grosse fario qui vit depuis plusieurs années dans le même poste a probablement déjà vu passer quelques humains beaucoup trop sûrs de leur discrétion.
Parce que certains postes sont pratiquement impraticables, que le poisson peut être trop proche d’une branche, sous une berge ou dans une configuration de courants impossible à gérer. J’ai déjà regardé pendant vingt minutes une très grosse truite en sachant qu’elle était quasiment infaisable. Il faut parfois accepter de regarder. Toute truite vue n’a pas vocation à finir dans l’épuisette le soir même.
Lorsqu’un poste apporte à la fois sécurité et nourriture, il est logique qu’un poisson l’utilise régulièrement. Sur mes rivières, j’ai ainsi reconnu ou retrouvé certaines truites sur les mêmes bordures ou retournes au fil des sorties. Cela ne signifie pas qu’elles soient toujours visibles ou actives. Elles ont simplement un appartement qui leur convient et assez peu de raisons de déménager pour nous faciliter la pêche.
Oui, mais je préfère regarder une combinaison de facteurs plutôt que chercher la météo miracle : température, vent, lumière, pluie, niveau et insectes. Certaines de mes meilleures sessions ont eu lieu sous un temps frais, couvert et humide avec des olives en activité. D’autres journées qui semblaient parfaites sur le papier ont donné très peu de choses. La fario reste heureusement incapable de lire nos prévisions.
Parce qu’ils modifient les postes, les courants, la sécurité et souvent l’endroit où les poissons peuvent se nourrir. Lors de niveaux soutenus sur la Nive, j’ai régulièrement trouvé les truites sur les bordures, amortis et retournes. Il faut regarder la hauteur mais surtout son évolution. Pour mes rivières basques, vous pouvez consulter les conditions de pêche et niveaux d’eau au Pays Basque.
Parce que c’est la pêche. Mauvaises conditions, absence d’activité, erreur de secteur, approche ratée ou pêcheur qui n’a simplement rien compris ce jour-là : les possibilités ne manquent pas. Mes archives comportent leur part de bredouilles entre deux belles sessions. Et c’est très bien ainsi. Sans les journées où rien ne marche, la grosse truite du prochain coup du soir deviendrait beaucoup trop banale.
Oui, même si une fario sauvage ne constitue pas toujours la partenaire la plus indulgente pour apprendre. Commencez par pêcher court, travailler la dérive et observer avant de lancer. Une petite truite prise proprement en sèche vous apprendra déjà énormément. Pour les bases du matériel, du lancer et de l’approche, passez par mon guide pour débuter la pêche à la mouche.
La rivière compte davantage que l’espèce. Une petite fario de ruisseau et une grosse truite de grande rivière ne demandent pas le même ensemble. Pour une pratique polyvalente, une canne autour de 9 pieds pour soie de 4 ou 5 couvre énormément de situations. Sur une petite rivière, je préfère volontiers quelque chose de plus court et léger. Le matériel de pêche à la mouche doit d’abord correspondre à l’eau que vous fréquentez.
Parce que c’est ainsi que j’aime pêcher. Une belle fario sauvage a survécu plusieurs saisons et je préfère largement la regarder repartir que considérer la rencontre comme terminée autrement. Cela ne règle évidemment pas tous les problèmes d’une rivière, mais le poisson reste disponible pour son milieu et peut-être pour une autre rencontre. C’est tout le sens de ma pratique du catch and release et du no-kill.
Limitez le combat, utilisez une épuisette adaptée, mouillez vos mains et gardez le poisson dans l’eau autant que possible. Si vous voulez une photo, préparez-la avant de soulever la truite et faites vite. Un hameçon sans ardillon simplifie également le décrochage. La fario n’a aucune raison de subir une séance photo complète simplement parce qu’elle a eu la mauvaise idée de gober votre mouche.
Non. J’aime évidemment les grosses farios, et certaines de mes prises records occupent une place particulière dans mes souvenirs. Mais une petite truite sauvage avec une robe magnifique, prise dans un cours d’eau minuscule, peut procurer autant de plaisir. La taille raconte une partie de l’histoire. La rivière, le moment, le gobage et la difficulté racontent souvent le reste.
Il suffit de parcourir les photos du blog pour voir des farios très différentes : sombres, dorées, grises, fortement ponctuées ou beaucoup plus discrètes. La rivière et le poisson donnent à chaque rencontre une identité particulière. C’est aussi pour cela que je photographie volontiers une belle truite avant de la relâcher. Deux poissons de la même taille peuvent ne presque rien avoir en commun visuellement.
La sèche, sans beaucoup d’hésitation. Repérer un poisson actif, comprendre ce qu’il mange, l’approcher, réussir la dérive puis voir la truite monter sur la mouche rassemble tout ce que j’aime dans cette pêche. Si cela arrive au coup du soir, sur une bordure de la Nive, avec une belle fario au bout… disons que j’ai connu des manières moins agréables de terminer une journée.
Parce qu’elle trouve encore le moyen de me surprendre. Une sortie peut être vide, la suivante offrir trois gobages, et l’un d’eux devenir un poisson dont je me souviens dix ans plus tard. Je connais mieux mes rivières qu’au début, mais cela ne signifie pas que j’ai réglé le problème de la fario. Heureusement. Une maîtresse dont on aurait percé tous les secrets deviendrait beaucoup moins intéressante.
Fredo