Retour d’une session de pêche à la mouche au bar dans le golfe du Morbihan
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Le coup du soir, c’est le rendez-vous que je préfère avec la rivière. Celui pour lequel on regarde l’heure toute l’après-midi, en espérant que la lumière baisse enfin. On arrive parfois trop tôt. La Nive ou la Nivelle semble vide, quelques insectes dérivent sans provoquer la moindre réaction et l’on commence presque à regretter le canapé.
Puis quelque chose change.
Un cercle apparaît contre une bordure. Un deuxième un peu plus haut. Les sedges commencent à courir, une olive passe devant vous et, soudain, la rivière que l’on observait depuis une heure devient une autre rivière. Le temps se resserre. Il faut choisir une mouche, refaire éventuellement la pointe, approcher sans bruit et poser juste. La truite, elle, continue tranquillement son repas comme si toute cette histoire ne la concernait pas.
Mes coups du soir à la mouche sont faits de ça : de belles farios, de refus, de casses idiotes, de bredouilles, de gobages entrevus à la nuit et de ces quelques minutes où tout semble possible.
On rentre souvent dans le noir. Parfois avec une truite en mémoire. Toujours avec l’envie de revenir demain soir.
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Le coup du soir, ce n’est pas seulement une tranche horaire. C’est un rendez-vous. On arrive souvent trop tôt, on attend, on regarde une rivière qui ne dit rien… puis la lumière tombe, quelques insectes commencent à dériver et un premier cercle casse la surface. À partir de là, le temps accélère. Ou s’arrête. Selon les soirs.
C’est la période de fin de journée où l’activité des insectes et des truites peut soudainement s’intensifier. La lumière baisse, la rivière se calme parfois, certaines éclosions commencent ou se prolongent et les poissons se mettent à gober. Sur mes rivières, le coup du soir a produit autant de grandes émotions que de soirées parfaitement silencieuses. C’est aussi pour ça qu’on y retourne.
Parce qu’il concentre tout ce que j’aime dans la pêche en sèche : l’attente, l’observation, le doute, puis parfois quelques minutes où la rivière se met enfin à parler. Un poisson apparaît sur une bordure, puis un autre. On choisit une mouche, on raccourcit peut-être la pointe, on attend le bon rythme. Et soudain la journée entière se résume à un seul gobage.
Il n’y a pas d’heure fixe. Au printemps, une activité intéressante peut commencer assez tôt. En été, elle peut se décaler très tard, parfois presque jusqu’à la nuit. Dans mes récits, j’arrive souvent entre 18 h et 20 h selon la saison, mais ce n’est qu’un cadre. La vraie horloge, ce sont les insectes, la lumière et les poissons.
Parfois deux heures, parfois vingt minutes, parfois rien du tout. Certains soirs, l’activité monte progressivement. D’autres fois, tout démarre très tard et s’arrête presque aussi vite. Le coup du soir est précisément intéressant parce qu’il ne se commande pas. Si vous cherchez un spectacle à heure fixe, le cinéma reste plus fiable.
J’aime souvent les soirées douces, couvertes, peu ventées, parfois humides. Mais mes archives contiennent aussi des coups du soir sous la pluie, par temps lourd avant l’orage ou dans des conditions beaucoup moins parfaites sur le papier. Le niveau d’eau, sa tendance et la présence d’insectes comptent autant que la météo. Pour mes rivières basques, je regarde les conditions de pêche et les niveaux d’eau au Pays Basque avant de partir.
Pas forcément. Une journée chaude peut repousser l’activité vers la fin de soirée, mais une eau trop chaude ou un étiage sévère peuvent aussi rendre la pêche médiocre, voire poser un problème pour les poissons. À l’inverse, une journée fraîche et couverte peut produire une belle activité bien avant la tombée du jour. Le thermomètre donne une indication. Il ne signe aucun contrat avec les truites.
Parce que le coup du soir n’est pas une mécanique. Les insectes peuvent manquer, les poissons peuvent se nourrir sous la surface ou les conditions peuvent simplement ne pas déclencher d’activité. J’ai connu des soirées annoncées comme idéales qui se sont terminées sans poisson. Et d’autres, beaucoup moins prometteuses, qui ont fini avec une belle fario. La rivière adore rappeler que nos prévisions restent des prévisions.
Dans mes articles reviennent souvent les sedges, les olives, les petites éphémères, les spents et parfois des fourmis ou d’autres terrestres. En été, les trichoptères prennent une place importante dans beaucoup de soirées. Mais il faut regarder ce qui dérive réellement. Une boîte pleine de mouches ne remplace jamais les trente secondes passées à observer la surface.
Je commence par l’insecte présent et le type de gobage. Sedge si les trichoptères s’activent, olive ou émergente si les éphémères dominent, spent lorsque les insectes morts dérivent à plat. Une fourmi peut aussi sauver une soirée. Plusieurs de mes modèles sont nés de ces moments-là et se trouvent dans mes montages de mouches artificielles.
Parce qu’ils deviennent souvent actifs lorsque la lumière baisse. Ils peuvent courir, dériver ou émerger à la surface et déclencher des gobages parfois assez francs. Sur la Nive, ils reviennent régulièrement dans mes soirées d’été. Un bon petit sedge simple vaut alors davantage qu’une boîte entière de créations sophistiquées que l’on n’arrive plus à voir dans la pénombre.
Regardez la façon dont les poissons prennent. Une truite qui mange juste sous ou dans la pellicule peut rechercher une émergente. Un gobage très calme sur des insectes couchés à la surface peut orienter vers un spent. Il m’est déjà arrivé de chercher longtemps avant de comprendre qu’un poisson voulait simplement un rusty spinner. L’évidence arrive souvent après la quinzième mouche.
Je commence par les bordures, les retournes, les interfaces entre courant rapide et eau plus calme, les zones derrière les blocs et les postes où les insectes se concentrent. Sur la Grande Nive, beaucoup de mes poissons du soir se sont montrés très près des rives. Pêcher systématiquement le milieu parce que la rivière est grande est une excellente façon d’ignorer le poisson situé trois mètres devant vous.
Parce qu’elles peuvent concentrer la nourriture et permettre aux truites de se nourrir avec peu d’effort. Lorsque l’activité de surface démarre, une belle fario peut s’installer dans très peu d’eau. J’ai vécu beaucoup de coups du soir exactement dans ce type de configuration. Vous pouvez approfondir cette pêche dans mon article sur la pêche des bordures à la mouche.
On peut, mais je préfère souvent observer et repérer les postes lorsque j’attends réellement une activité de surface. Pêcher l’eau permet parfois de trouver un poisson, évidemment. Mais fouetter partout juste avant une éclosion peut aussi déranger les bordures que l’on aurait aimé retrouver actives une heure plus tard. Le soir, savoir attendre fait parfois partie de la technique.
Je simplifie. Une mouche suffisamment visible, peu de faux lancers, des repères clairs sur la surface et surtout une bonne idée de la position du poisson avant qu’il fasse vraiment sombre. À la fin, on pêche davantage au son et à la mémoire du gobage. C’est grisant, mais ce n’est pas le moment idéal pour refaire entièrement un bas de ligne compliqué.
Parce que les meilleures minutes peuvent être courtes. Arriver avec une pointe abîmée, un bas de ligne en pelote et aucune idée de la mouche à utiliser transforme très vite un moment parfait en atelier de nœuds nocturne. J’ai déjà cassé sur un poisson parce que je n’avais pas changé une pointe légèrement endommagée. Une excellente méthode pour retenir la leçon.
Oui pour comprendre les gobages et apprendre à viser un poisson précis, mais la faible lumière et l’urgence peuvent compliquer les choses. Un débutant gagnera à arriver tôt, préparer calmement son matériel et repérer les obstacles derrière lui. Lorsque les truites commencent à gober partout, même les pêcheurs expérimentés retrouvent parfois un comportement assez proche du chiot devant une gamelle.
Parce qu’un poisson régulier, bien placé et difficile peut occuper toute l’attention. On l’observe, on change l’angle, la mouche ou la pointe, puis on recommence. J’ai passé des soirées entières sur très peu de poissons. Lorsqu’une belle fario prend enfin la mouche après plusieurs refus, le nombre total de prises devient franchement secondaire.
Parce qu’il mélange quelque chose de très concret — un poisson, une mouche, une dérive — avec une ambiance qui disparaît dès qu’on essaie de la retenir. La lumière baisse, les bruits changent, la rivière semble soudain plus proche. Certaines de mes plus belles truites sont liées à ces minutes-là. Mais je me souviens aussi de soirées sans prise où rentrer à la nuit suffisait presque.
Parce que je ne sais toujours pas exactement ce qui va se passer. C’est peut-être la meilleure définition. On part après une journée normale avec une canne dans la voiture et, parfois, deux heures plus tard, une grosse fario transforme la soirée. D’autres fois, rien. Mais au moment où le jour tombe et où l’on guette le premier cercle sur l’eau, la possibilité suffit encore largement.
Fredo