Éphémère corps détaché
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Monter des mouches, c’est un peu aussi être à la pêche. C’est un plaisir et un art probablement proche de la peinture, à moindre niveau bien entendu. Monter des mouches, c’est vouloir reproduire une silhouette, plus ou moins précise, imitant un certain insecte, à un certain stade de développement. Mes matériaux de montage, ce sont les couleurs du peintre. Et comme dans toute discipline, on ne fait que reprendre ce que les précédents on construit, en y apportant, ou non, ses propres pierres. Le montage de mouche c’est la pêche avant la pêche.
Dans les pages qui suivent, quelques unes de mes mouches. Ma championne ? L’Artzamendi, un de mes premiers modèles inventé 2 ans après avoir monté ma première mouche. Touchée par la grâce de St Pierre, mon Artzamendi, mouche génétiquement issue du biotope gagnait 2 concours, dont un organisé par Gobages.com. Rendons à César … C’est le biotope du Pays Basque, ses sangliers, ses vautours, ses canards qui ont fait gagner cette mouche d’ensemble. Et ce qui ne gâche rien … les truites de la Nive, de la Don, de la Henry’s fork et certainement d’ailleurs l’apprécient bien également. Place aux fiches de montage de mes mouches …
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Monter ses mouches, c’est déjà un peu aller à la pêche. On commence généralement avec un étau, trois plumes et la ferme intention de rester raisonnable. Quelques mois plus tard, on possède douze dubbings bruns légèrement différents et on explique très sérieusement pourquoi aucun ne peut remplacer les autres. Entre les deux, il y a surtout le plaisir de comprendre une silhouette, de bricoler une imitation et, un jour, de voir une truite monter sur quelque chose qu’on a fabriqué soi-même.
Non. Il faut surtout commencer par des montages simples et accepter que les premières mouches aient parfois une allure légèrement personnelle. Le plus important est d’apprendre à fixer correctement les matériaux, contrôler son fil et respecter quelques proportions. Une mouche n’a pas besoin de gagner un concours pour prendre une truite. Heureusement pour nous tous. Vous trouverez de nombreux modèles dans mes fiches de montage de mouches artificielles.
D’abord parce que c’est agréable. Ensuite parce que le montage oblige à regarder autrement les insectes, leurs silhouettes, leurs tailles et les différentes étapes de leur vie. On peut aussi adapter une mouche à sa rivière, modifier sa flottabilité ou simplifier un modèle. Et prendre un poisson avec une mouche sortie de son propre étau ajoute quelque chose à la partie de pêche. Un petit supplément d’ego, certes, mais parfaitement assumable.
En théorie, cela peut l’être si vous montez beaucoup de quelques modèles simples. En pratique, le monteur découvre rapidement le chevreuil, le CDC, les cous de coq, les mousses, les dubbings, les tinsels et cette couleur absolument indispensable qui ressemble pourtant beaucoup aux six précédentes. Ne commencez donc pas uniquement pour économiser. Commencez parce que le montage vous plaît. L’économie éventuelle arrivera derrière… très loin derrière.
Un étau, un porte-bobine, une paire de petits ciseaux, une aiguille, une pince à hackle et quelques matériaux suffisent pour commencer. Un finisseur de nœud peut être pratique mais n’est pas indispensable dès la première soirée. Le meilleur conseil reste de choisir deux ou trois mouches et d’acheter uniquement les outils et matériaux nécessaires à ces modèles. Le magasin entier pourra attendre la semaine suivante.
Un bon étau doit surtout maintenir fermement l’hameçon sans bouger pendant le montage. Vérifiez les tailles d’hameçons qu’il accepte, la stabilité de son socle ou de sa pince et la facilité de réglage des mors. Un modèle rotatif apporte du confort, mais on peut parfaitement apprendre sur un étau plus simple. Avant d’investir dans une machine ressemblant à un instrument chirurgical suisse, apprenez déjà à fixer correctement un hameçon.
Non. La rotation facilite certaines opérations, permet d’observer la mouche sous tous les angles et devient pratique pour enrouler certains matériaux. Mais elle n’est pas indispensable pour produire d’excellentes mouches. Beaucoup de monteurs ont travaillé pendant des années avec des étaux très simples. La rotation est un confort, pas une condition imposée par les truites.
L’étau, le porte-bobine et de bons ciseaux forment le trio de départ. J’ajouterais une aiguille pour dégager les fibres, déposer une goutte de vernis ou reprendre un dubbing, puis une pince à hackle pour les plumes délicates. Le reste peut venir progressivement. Un outil utilisé à chaque montage mérite sa place. Celui dont il faut relire la notice tous les six mois peut probablement rester au magasin.
Choisissez un fil adapté à la taille des mouches. Un fil fin convient aux petits montages, tandis qu’un fil plus solide facilite les streamers et les matériaux qui demandent davantage de tension. Le plus important est d’apprendre à doser cette tension sans casser le fil ni fabriquer une tête énorme. Sur mon montage du sedge Oilagorra, j’utilise par exemple un fil 8/0 pour conserver un montage relativement fin.
La forme, la longueur de hampe, l’ouverture, le poids et la taille doivent correspondre à la silhouette recherchée et à la façon dont la mouche doit travailler. Une émergente, un sedge, une nymphe et un streamer n’ont pas les mêmes besoins. L’hameçon fait partie du montage : on ne choisit pas d’abord une jolie plume pour essayer ensuite de trouver où la mettre.
Les tailles 12 à 16 sont confortables pour apprendre la plupart des gestes. Monter directement une imitation en taille 20 ou 22 ajoute une difficulté dont on peut très bien se passer au début. Travaillez d’abord les proportions et la régularité sur des hameçons assez grands. La miniaturisation viendra ensuite, avec les lunettes et quelques mots choisis lorsque le fil cassera au dernier tour.
Je les préfère pour faciliter le décrochage et limiter les manipulations lorsque le poisson est remis à l’eau. On peut acheter des hameçons barbless ou écraser l’ardillon d’un modèle classique lorsque cela convient. Un hameçon sans ardillon ne dispense pas d’un bon combat ni d’une remise à l’eau propre, mais il simplifie clairement la dernière étape.
Le dubbing est un ensemble de fibres naturelles ou synthétiques que l’on enroule sur le fil de montage pour former un corps ou un thorax. Lièvre, écureuil, fibres synthétiques, mélanges fins ou plus grossiers : il existe de quoi remplir plusieurs tiroirs. Pour commencer, retenez surtout une règle : mettez-en très peu. Puis retirez-en encore un peu. Le débutant utilise presque toujours trop de dubbing.
Prélevez une toute petite quantité et torsadez-la autour du fil avec les doigts pour créer une mèche fine. Certains matériaux adhèrent facilement, d’autres bénéficient d’un fil légèrement poissé. On peut aussi utiliser une boucle à dubbing pour emprisonner des fibres longues ou produire un thorax plus vivant. Sur l’Oilagorra, j’utilise justement une boucle à dubbing avec des poils d’oreille de chevreuil pour créer un thorax ébouriffé.
Le CDC possède une structure très intéressante pour les montages de surface et les émergentes. Ses fibres donnent du mouvement, une belle silhouette et une excellente présence dans le film de l’eau. On le retrouve dans énormément de mes montages, notamment les sedges, olives et march brown. Il suffit d’éviter de transformer la mouche en plumeau : quelques fibres bien placées valent souvent mieux qu’une aile capable de faire décoller l’hameçon.
Après un poisson ou lorsque la mouche se gorge d’eau, commencez par la rincer si nécessaire puis séchez-la correctement. Un amadou ou un matériau absorbant permet de retirer l’humidité. Les produits destinés au CDC doivent être choisis avec précaution : tous les graissants classiques ne conviennent pas à ses fibres. Une bonne mouche en CDC mérite quelques secondes d’entretien plutôt qu’un aller simple vers le fond de la boîte.
Le hackle désigne généralement une plume enroulée autour de la hampe pour former une collerette. Ses fibres peuvent soutenir une mouche sèche sur la surface, suggérer des pattes ou apporter du mouvement. La densité dépend du modèle. Là encore, davantage de tours ne signifie pas forcément davantage d’efficacité. La mouche doit évoquer un insecte, pas une brosse de ramoneur.
Utilisez l’hameçon comme règle. La longueur de la hampe, son ouverture et la position de l’œillet permettent de mesurer queue, corps, thorax et ailes. Regardez aussi le modèle terminé avant de commencer. Le défaut classique consiste à avancer trop vite vers l’œillet, puis à découvrir qu’il reste trois millimètres pour fixer quatre matériaux et faire la tête. Ce genre de géométrie finit rarement bien.
Parce qu’on utilise trop de tout : trop de dubbing, trop de fibres, trop de fil, trop de tours. C’est probablement l’erreur la plus universelle du montage. Essayez de monter le même modèle avec deux fois moins de matériau. La silhouette deviendra souvent plus juste et le montage plus solide. Une truite n’a pas besoin de savoir que vous avez acheté un sachet entier de lièvre.
La meilleure méthode consiste à ne pas encombrer l’œillet avant d’y arriver. Fixez les matériaux avec le minimum de tours nécessaires et gardez volontairement une petite zone libre devant le thorax. La tête n’a ensuite besoin que de quelques tours réguliers et d’un nœud propre. Si elle ressemble à un casque de moto, le problème a généralement commencé plusieurs étapes plus tôt.
Il bloque le fil et termine le montage. Le whip finish est le nœud le plus utilisé, réalisé avec un outil ou directement à la main. Quelques tours correctement serrés suffisent. On peut ensuite ajouter une petite quantité de vernis lorsque le montage le justifie. Tremper toute la tête dans la colle améliore rarement la finesse de l’ensemble.
Non. Le vernis ou une résine permet de renforcer certaines têtes, corps ou points de fixation, mais tous les montages n’en ont pas besoin. Sur certains modèles, j’en utilise pour consolider une partie précise, comme le thorax de l’Oilagorra ou la tête de mon éphémère à corps détaché. Il faut renforcer sans transformer la mouche en bonbon vitrifié.
Choisissez une mouche réellement utile sur vos rivières et comportant peu d’étapes. Un petit sedge, une nymphe simple ou une sèche d’ensemble permettent d’apprendre à fixer les matériaux et construire un corps propre. Le sedge Kaouète est dans cet esprit : un petit sedge simple que j’utilise à l’ouverture mais aussi bien au-delà.
Une mouche d’ensemble ne cherche pas forcément à reproduire au millimètre une espèce précise. Elle réunit plusieurs signaux capables d’évoquer une famille d’insectes ou un stade de développement. L’Artzamendi est typiquement dans cette logique : une silhouette, des matériaux et une attitude qui fonctionnent dans différentes situations. Retrouvez ma mouche Artzamendi pour l’ouverture.
Pas toujours. La taille, la silhouette, la position dans l’eau et le comportement sont souvent plus importants qu’une reproduction anatomique. Une mouche très réaliste peut être magnifique dans la boîte et pêcher moins bien qu’un montage plus simple qui travaille correctement. L’objectif n’est pas de convaincre un entomologiste. Le jury se trouve sous l’eau et ses critères sont parfois assez personnels.
Commencez par regarder les insectes réellement présents et cherchez une tonalité générale plutôt qu’une correspondance parfaite. Olive, brun, beige, gris et noir couvrent déjà énormément de situations. Une légère variation peut être utile selon la lumière ou la saison. J’aime aussi adapter mes matériaux à ce que j’observe autour de mes rivières : c’est toute l’idée qui se trouve derrière plusieurs mouches du blog.
Il faut penser au montage dès le départ : choix de l’hameçon, quantité de matériaux, CDC, poils creux, mousse ou hackle selon le modèle. Ajouter une énorme touffe de matériau flottant à une mouche déjà trop lourde ne résout pas toujours le problème. Sur mon sedge Oilagorra, le CDC, l’oreille de chevreuil et la mousse participent ensemble à la flottabilité et à la silhouette.
Le point essentiel est la silhouette en toit des ailes et la manière dont la mouche se tient sur l’eau. On peut utiliser CDC, poils, plumes ou mousse selon le résultat recherché. Le sedge est aussi une excellente famille pour créer des modèles simples et solides. Le blog en contient plusieurs, dont le sedge Oilagorra et mon petit sedge Kaouète.
Il faut adapter la boîte aux insectes réellement présents, mais les march brown, olives, sedges et quelques émergentes ont toute leur place dans mes boîtes de début de saison. L’Artzamendi reste évidemment l’une de mes mouches fétiches pour cette période. Vous pouvez voir ma version de l’Artzamendi pour l’ouverture et mon montage de march brown en CDC.
Réduire la taille et simplifier la silhouette constitue souvent une bonne piste lorsque les poissons deviennent sélectifs. Il faut aussi réfléchir au stade de l’insecte : émergent, adulte ou spent. Une mouche discrète sur une pointe fine peut alors faire la différence. C’est exactement le problème qui m’avait conduit à travailler un montage de midge pour truites difficiles.
Le corps détaché prolonge le corps de l’insecte au-delà de la hampe de l’hameçon. Il permet d’obtenir une silhouette fine sans devoir utiliser un hameçon démesurément long. On peut le réaliser avec différents matériaux, notamment de la mousse. J’utilise cette technique sur plusieurs modèles, dont mon éphémère à corps détaché et la Pintxoline, une olive à corps détaché.
Évidemment. C’est même une bonne partie du plaisir. Il faut partir d’un besoin : une silhouette, une flottabilité, une taille, une façon de travailler dans l’eau ou un insecte observé. Ensuite, on emprunte des techniques connues et on les assemble à sa manière. Très peu de choses naissent totalement de zéro au montage. L’important est que la mouche ait une logique et qu’elle pêche, pas qu’elle dispose d’un communiqué de presse.
Mettez-la dans l’eau. Regardez sa position, sa flottabilité, son équilibre, son mouvement et sa visibilité. Certaines mouches magnifiques à l’étau deviennent franchement étranges dès qu’elles touchent la rivière. D’autres, assez quelconques en photo, prennent des poissons année après année. Le meilleur banc d’essai reste donc l’eau, puis les truites. Elles fournissent des avis très courts mais généralement assez clairs.
Au début, suivre un modèle aide à comprendre l’ordre des opérations et les proportions. Ensuite, changez une matière, une couleur, une taille ou une technique si cela répond à votre pêche. Une fiche de montage doit servir de point de départ, pas devenir un texte sacré. Mes propres mouches évoluent d’ailleurs avec le temps, comme les différentes versions de l’Artzamendi.
Montez plusieurs exemplaires du même modèle à la suite. Le premier sert à comprendre, les suivants à corriger les proportions et à réduire les gestes inutiles. Comparez ensuite les mouches entre elles. Une série de six sedges identiques apprend davantage que six montages complètement différents réalisés une seule fois chacun. Et gardez les premières mouches. Dans quelques années, elles feront beaucoup rire. C’est déjà une utilité.
Rangez-les d’abord par familles : fils, dubbings, plumes, poils, mousses, hameçons et matériaux synthétiques. Les petits sachets et boîtes transparentes facilitent la recherche. Protégez les matériaux naturels des parasites et évitez l’humidité. Le système parfait n’existe pas ; l’objectif est simplement de ne pas passer vingt minutes à chercher une plume placée juste devant soi.
Oui lorsqu’ils peuvent être détenus légalement, qu’ils sont propres et qu’ils conviennent au montage. C’est même une dimension que j’aime beaucoup : l’Artzamendi est née autour de matériaux associés à son environnement basque. Mais toutes les plumes ou peaux ne peuvent pas être collectées ou commercialisées librement. Il faut donc vérifier la réglementation concernant l’espèce avant de transformer une promenade en séance d’approvisionnement.
Trop de matériau, trop de tours de fil, des proportions irrégulières et un œillet complètement bouché arrivent largement en tête. Vient ensuite l’envie de monter immédiatement une merveille de quinze matériaux alors qu’une nymphe simple permettrait d’apprendre beaucoup plus vite. Simplifiez. Faites chaque tour de fil pour une raison. Une mouche légère et propre pardonne généralement mieux qu’un catalogue de fly tying fixé sur un hameçon.
Oui, parce qu’il oblige à réfléchir à ce que représente la mouche : insecte, stade, taille, silhouette, flottabilité et comportement. On observe davantage ce qui dérive sur l’eau et on comprend mieux pourquoi une imitation fonctionne à un moment donné. Le montage ne remplace évidemment pas la lecture de la rivière. Il donne simplement quelques questions de plus à se poser au bord de l’eau, ce dont le pêcheur à la mouche manquait certainement.
Celui qui correspond à ce que les poissons mangent, qui est correctement présenté et dans lequel vous avez confiance. Il n’existe pas de mouche universelle garantissant les prises. J’ai évidemment mes favorites, à commencer par l’Artzamendi, mais même la meilleure mouche reste inutile lorsqu’elle pêche cinquante centimètres à côté du poisson ou drague comme un bouchon de liège. L’étau fabrique la mouche. La rivière décide du reste.
Fredo