En ce moment, sur la côte basque, il y a du fretin d’anchois partout. Du tout petit. Quatre centimètres à peine pour une bonne partie de ces alevins.
Et évidemment, tout le monde est dessus.
Maquereaux espagnols, bonites, thons, louvines… Quand une telle quantité de nourriture arrive près de la côte, les prédateurs ne passent pas exactement à côté en regardant ailleurs. Ils se mettent à table. Le problème, pour le pêcheur, c’est qu’ils deviennent parfois très difficiles à décider avec autre chose.
C’est là que les vertus de la pêche à la mouche de la bonite au Pays Basque apparaissent franchement. Pas parce que la mouche permet de lancer plus loin ou de sortir davantage de poissons. Simplement parce qu’elle sait proposer une imitation minuscule, fine et légère au moment où les poissons ne veulent rien d’autre.
Quand les bonites ne veulent que du minuscule
Sur le papier, une bonite en chasse ne devrait pas être très compliquée. Ça bouillonne, ça tape de partout, le poisson semble complètement fou… Vous lancez au milieu et ça prend.
Sur le papier.
Dans la réalité, quand les bonites sont calées sur du fretin d’anchois de quatre centimètres, la taille du leurre devient déterminante. Nous l’avons encore constaté au cours de nos dernières sessions. Un pêcheur équipé de leurres de six ou sept centimètres avait déjà un avantage sur moi avec mes modèles de huit, neuf ou dix centimètres.
Quelques centimètres de différence. Cela paraît ridicule vu depuis le bateau. Pour les bonites, manifestement, beaucoup moins.
Même un jig dont la silhouette ressemble bien à celle d’un anchois peut rester ignoré s’il est deux fois trop grand. Les poissons ne cherchent pas « quelque chose qui ressemble vaguement à un petit poisson ». Ils veulent ce petit poisson-là, avec sa taille, sa finesse et probablement sa façon de se déplacer au milieu du banc.
J’ai ainsi connu des passages en échec complet avec des jigs de neuf ou dix centimètres, alors que la mouche prenait régulièrement dans les mêmes chasses.
Voilà le sujet. Quand la taille de la proie descend vraiment, notre bon gros leurre devient parfois aussi discret qu’un jambon lancé dans une assiette de tapas.
La mouche permet de respecter la taille du fretin
Nous avons l’habitude de rechercher les thonidés avec des leurres assez imposants. Pour le thon, les poppers de 14, 16 ou 18 centimètres font partie des propositions classiques. Ils se lancent loin, déplacent de l’eau et permettent de couvrir rapidement une chasse.
Mais quand les poissons se focalisent sur des alevins minuscules, cette mécanique ne fonctionne plus forcément. Un gros popper peut traverser la zone sans provoquer la moindre attaque. Même en réduisant progressivement la taille des leurres durs, on reste encore parfois très au-dessus du fretin réellement consommé.
La pêche à la mouche possède alors un avantage très concret : elle permet de présenter un streamer de cinq, six ou sept centimètres avec un profil extrêmement fin. On ne se contente pas de raccourcir le leurre. On réduit aussi son volume, son poids et la quantité d’eau qu’il déplace.
Ce n’est plus une bouchée vaguement acceptable. Cela commence à ressembler au menu du jour.
Sur ces dernières sorties, la différence était nette. Mes jigs passaient sans résultat. Les streamers bien plus fins provoquaient des touches presque à chaque passage correctement présenté dans la chasse.
La pêche à la mouche, que certains voient comme une complication supplémentaire en mer, devenait tout à coup la réponse la plus simple au problème : proposer petit, très petit même, sans renoncer à une imitation qui reste lançable et pêchante.
Encore faut-il réussir à passer dans la chasse
Évidemment, il ne suffit pas de sortir une canne à mouche pour que les bonites se rangent gentiment à côté du bateau.
Tout doit être organisé avant l’arrivée sur les poissons. Une chasse de bonites ne vous laisse généralement pas dix minutes pour réfléchir au bas de ligne, chercher le bon streamer dans une boîte ou démêler une soie qui a décidé de vivre sa propre vie sur le pont.
Le bateau doit d’abord se placer correctement par rapport à la chasse. Le vent dans le dos facilite énormément le lancer. Le pêcheur doit être prêt, la soie dégagée et le streamer déjà choisi. Il faut ensuite présenter la mouche dans la zone utile sans poser toute la ligne au milieu des poissons.
La pêche à la mouche montre ici ses limites autant que ses qualités. On ne va pas lancer à cinquante mètres comme avec certains leurres. Il faut donc que le bateau travaille bien et que le pêcheur sache profiter immédiatement de la fenêtre offerte.
Quand tout est en place, en revanche, l’efficacité peut être redoutable.
Romain et son père Nico l’ont encore démontré récemment. Avec un bateau bien positionné, le vent favorable et une imitation adaptée à la taille du fretin, les passages dans les chasses se sont transformés en touches. Pendant ce temps-là, mes jigs continuaient leur petite visite guidée de l’océan.
Une canne de 8 et un streamer sans embonpoint
Il n’est pas nécessaire de transformer cette pêche en catalogue de matériel. L’essentiel tient dans un ensemble cohérent, capable de lancer une petite imitation tout en contrôlant une bonite pendant le combat.
Une canne prévue pour une soie de 8 constitue, dans cette situation, une base adaptée. On lui associe un bas de ligne plutôt court et un streamer fin d’environ cinq à sept centimètres. Le but n’est pas de proposer une imitation riche en détails décoratifs. Il faut surtout obtenir la bonne silhouette, peu volumineuse, dans une taille proche de celle des petits anchois.
Le matériel doit évidemment permettre de combattre le poisson proprement. À la mouche, le combat peut durer davantage qu’avec un équipement plus puissant. Il faut en tenir compte et ne pas prolonger inutilement l’affrontement pour le plaisir de voir le moulinet se vider.
Mais quel combat…
La touche, l’accélération et la puissance d’une bonite sur une canne à mouche apportent des sensations assez fabuleuses. On ne choisira pas forcément cette technique pour multiplier les prises ou atteindre une chasse lointaine. En revanche, lorsque les poissons sont accessibles et refusent les leurres trop gros, elle devient une option particulièrement intelligente.
Chapeau Romzy
Romain, qu’il pêche le bonefish ou le permit en Martinique et en Guadeloupe, ou la bonite ici, au Pays Basque, reste un artiste avec une canne à mouche.
Nous l’avons vu grandir, apprendre et capitaliser sortie après sortie. Sur ces dernières sessions, il nous a encore montré ce que deviennent ces années de pratique lorsqu’il faut lancer vite, juste, dans une fenêtre minuscule.
Une machine de guerre. Mais une machine de guerre avec un streamer de six centimètres, ce qui est tout de même plus élégant.
La leçon de ces chasses de bonites est assez simple : ne rangez pas trop vite la pêche à la mouche dans la catégorie des techniques compliquées ou marginales en mer. Quand les prédateurs mangent du fretin minuscule, elle peut faire exactement ce que les leurres plus gros ne savent plus faire.
Proposer la bonne bouchée.
Et, cette fois encore, Romain l’a fait mieux que nous.
Chapeau Romzy.
